Tribune : L’Alsace peut ouvrir la voie des provinces utiles

À l’heure où certains (re)découvrent enfin l’importance stratégique du territoire local,
il me semble essentiel de rappeler que d’autres prônent la voie d’une République
plus décentralisée, plus lisible et plus efficace, fondée sur des provinces utiles et
puissantes.
La question n’est plus seulement politique. Elle est démocratique, institutionnelle et
budgétaire. L’on peut vouloir une énième mission d’évaluation, mais le constat est
depuis longtemps acquis et partagé.
Notre organisation territoriale est devenue illisible et coûteuse : superposition des
niveaux et dilution des responsabilités, multiplication des structures et bureaucratie
étouffante.
Il faut désormais assumer une organisation territoriale simplifiée autour du bloc local
et d’entités provinciales cohérentes, capables de porter une véritable stratégie
économique, culturelle et européenne.
L’Alsace comme levier de transformation
L’Alsace en apporte déjà la démonstration :
- coopération transfrontalière quotidienne,
- développement économique, et tourné vers l’Europe,
- attractivité culturelle affirmée,
- capacité d’innovation territoriale,
- et identité historique et administrative cohérente.
Nos réalités quotidiennes ne correspondent plus aux grands ensembles
administratifs artificiels construits loin du terrain. Il faut des provinces utiles : c’est à
dire des territoires adaptés aux bassins de vie, aux dynamiques économiques et aux
identités territoriales ; des territoires capables de décider, d’investir et d’agir
rapidement.
Oui, l’Alsace doit pouvoir disposer pleinement des leviers d’une région cohérente et
efficace. Non par logique identitaire ou nostalgique, mais parce que l’efficacité
publique exige des territoires à taille pertinente.
Il ne s’agit pas d’ailleurs d’accorder à l’Alsace un statut d’exception ou un droit à la
différenciation, mais bien de construire une organisation territoriale où chaque
province disposerait d’un véritable pouvoir normatif, de compétences clairement
définies et d’une véritable autonomie fiscale.
Pour une responsabilité locale pleine et entière
Cette vision repose sur une subsidiarité ascendante, système d’efficacité de l’action
publique chère à David Lisnard : laisser la décision au niveau territorial le plus
efficace et ne remonter vers l’État que ce qui relève véritablement de la stratégie
nationale.
Il a raison : Moins de doublons. Moins d’intermédiaires. Et donc moins de dépenses
inutiles. Mais surtout c’est davantage de responsabilité, de lisibilité démocratique et
de performance publique.
Il faut donc sortir d’une décentralisation au goût d’inachevé, pour une responsabilité
locale pleine et entière. La décentralisation devient une nécessité pour moderniser l’État et maîtriser durablement la dépense publique.
L’Alsace aujourd’hui ne doit pas seulement être observée comme un territoire
électoral. Elle mérite mieux. Elle peut devenir l’exemple d’une nouvelle organisation
française : plus proche, plus sobre, plus performante et pleinement européenne.
Il est temps de faire de la proximité une méthode de gouvernement.
Murielle Fabre
Maire de Lampertheim
Porte-Voix Nouvelle Energie
Vice-présidente du Mouvement pour l’Alsace
